Jeudi, Février 09, 2012

Jeunes maghrébins de France : la place refusée, d'Evelyne Perrin Éd. L'Harmattan, Paris, 2009.


Évelyne Perrin tente dans cet ouvrage de mettre au jour les causes de la persistance en France des discriminations et du racisme envers les jeunes d'origine maghrébine.

L'auteure fait ainsi état de la ségrégation scolaire des enfants d'immigrés. Cette ségrégation s'exprime à travers leur concentration dans des « école-ghettos », leur orientation scolaire précoce, souvent forcée et peu qualifiante, ainsi qu'une déperdition scolaire importante.

Leur situation n'est pas meilleure pour ce qui est de l'accès et des études à l'université. Ces jeunes, y compris les plus diplômés parmi eux, sont ensuite confrontés à un chômage massif, ainsi qu'à la discrimination à l'embauche et à leur maintien au bas de l'organigramme de l'entreprise.

Ils sont également, comme leurs familles, en butte à la discrimination au logement. Et comme «populations à risque», ils sont parqués dans les banlieues et dans certains quartiers des villes.

L'« islamophobie » qui règne en Europe et en France s'explique selon elle par la coïncidence entre la montée de la religiosité-refuge de jeunes maghrébins, précarisés et stigmatisés, avec l'avènement de l'islamoterrorisme. Le point culminant de cette «islamophobie» aurait été atteint par la loi laïque contre les signes religieux à l'école, du 15 mars 2004, et la bataille qui l'avait précédée.

Cette loi a pourtant été accueillie avec beaucoup de soulagement par une grande partie des familles musulmanes, surtout des jeunes filles et des jeunes femmes de cette confession, qui estiment que cette loi les protège et protège leur religion de la manipulation politique.

Quant à la bataille à laquelle elle fait allusion, elle avait opposé, au sujet du hidjab islamiste, la gauche républicaine et laïque aux islamistes, appuyés par les fondamentalistes juifs et chrétiens, auxquels s'est ralliée une partie de l'extrême gauche.

Il est à peine utile de rappeler que pour les peuples musulmans, seuls les islamistes dans leur diversité (droite conservatrice, extrême droite et islamofascistes, à l'instar des salafistes radicaux) s'acharnent, depuis leur création à Ismaïlya en Egypte, à la fin des années vingt, à vouloir faire porter leur uniforme politique et musulmanophobe aux femmes musulmanes.

L’atteinte à la féminité

Cependant, l'immense majorité d'entre elles rejettent cet uniforme. Car elles considèrent que leurs corps, n'est pas, comme le pense les islamistes, une awra (= une honte), qu'il faut cacher. Elles considèrent également que cet uniforme porte atteinte à leur féminité et à leur dignité d'être humain, et les stigmatise.

On s'étonne aussi dans ce livre « qu'un bout de foulard provoque un emballement hystérique des tenants du modèle républicain » et de ses « féroces thuriféraires ». L'étoile jaune et la croix gammée ne sont pas qu'un bout tissu répliquaient les féministes et les laïques de gauche. L'auteure confond effectivement le support du symbole, qui peut être neutre, avec le symbole lui-même.

Par ailleurs, le racisme et la xénophobie ont tué un grand nombre de jeunes, majoritairement d'origine maghrébine. Évelyne Perrin cite une liste non exhaustive d'"assassinats" de ces jeunes, et dont les auteurs demeurent souvent et scandaleusement impunis. C'est ainsi que pas moins de 150 meurtres racistes de jeunes ont été commis, rien que de 1980 à 1985.

Pour ce qui est des émeutes de banlieues, de novembre 2005, l'auteure les explique par les mauvaises conditions socio-économiques et la stigmatisation des jeunes d'origine maghrébine. Elle déplore également en quelques mots, les 8 000 à 10 000 véhicules incendiés, ainsi que les destructions considérables des infrastructures privées et publiques commis par les émeutiers. Elle juge néanmoins qu'il ne fallait pas condamner à des peines de prison les 6 00 incendiaires sur les 5 200 jeunes qui avaient été arrêtés puis relâchés, peines qu'elle trouve disproportionnées.

Les couches populaires des banlieues, très majoritairement immigrées, n'ont pas manqué de voir dans cette dernière position un encouragement au nihilisme autodestructeur de ces jeunes, une prime à l'impunité et un déni de justice à leur égard.

L'auteure pointe aussi du doigt la répression administrative et policière, ainsi que l'exploitation patronale de centaines de milliers de « sans-papiers », dont l'utilité économique est pourtant reconnue dans nombre de secteurs.

Lecture à contresens

Évelyne Perrin, à l'instar des chercheurs communautariens anglo-saxons et des tenants d'une société multiculturelle en France, rejette la question de l'intégration, pourtant centrale en sociologie, qu'elle qualifie de « marché de dupe ». L'auteure confond, là aussi, entre intégration et déculturation, voire dépersonnalisation. Elle dénonce en revanche, et avec raison, l'hypocrisie consistant à exhorter les jeunes d'origine maghrébine à s'« intégrer », tout en dressant devant eux des obstacles socio-économiques, etc. pour les en empêcher.

Elle estime aussi que la notion de « communautarisme » est instrumentalisée pour disqualifier les activités sociale, culturelle, politique « autonomes » des immigrés maghrébins ou de cette origine. Sinon, pourquoi n'applique-t-on pas selon elle cette notion à l'encontre des Bretons, des Juifs, des Italiens, le réseau des grandes Écoles...?

Les exemples qu'elle cite trahissent toutefois sa méconnaissance de la différence existant entre activité communautaire et activité communautariste.

De même que sa lecture à contresens de l'Ecole sociologique de Chicago sur la fonction protectrice des ghettos afro-américains aux États-Unis d'Amérique lui fait jusqu'à regretter la destruction dans les années 1960 et 1970, par les pouvoirs publics, des bidonvilles où végétaient en grand nombre les immigrés. Ceci est d'autant plus surprenant que cette affirmation et la suivante de même type, relative à la destruction de certaines barres HLM, dans les années 1990 et 2000, contredisent sa critique pertinente de la concentration géographique des populations immigrées et de leurs mauvaises conditions d'habitation.

L'affirmation identitaire des jeunes français d'origine maghrébine exprime selon elle leur refus de la conception française et républicaine de l'intégration ; une intégration qui les dépouillerait de leur identité. L'auteure reconnaît cependant que ce n'est nullement le cas d'un grand nombre d'entre eux, qui vivent plus ou moins bien leur double culture.

Selon l'auteure, le passé colonial de la France est, comme le proclame l'Appel des Indigènes de la République, une donnée clef pour comprendre le racisme anti-Maghrébins en France. C'est pourquoi, elle réfute la critique faite par la gauche à cet Appel d' « ethnitiser la question sociale ». Evelyne Perrin a bien raison de rappeler que la discrimination ethnique, subie par les immigrés et leurs enfants, s'ajoute à la discrimination sociale. Seulement, le reproche qui est porté à cet Appel est lié à la place surdéterminante que ce dernier accorde au facteur ethnique.

Autre reproche important adressé à cet Appel : son racisme à rebours à l'encontre du peuple français. Pour beaucoup, cet Appel est lui-même le reflet le complexe du néocolonisé, complexe qui ne s'exprime pas seulement pas le mimétisme du colonisateur par le colonisé, mais aussi par la confusion dans une même haine du système colonial français, de la France et des Français.



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Commentaires  

 
0 # François 2009-12-22 15:45 Les Maghrébins sont d'origine sémite et toute offense les concernant est un acte anti-sémite ! (Les Sémites sont les Arabes, les Hébreux, les Araméens et tous les peuples issus du Moyen-Orient). Reply | Citer | Citer
 
 
0 # Christian 2010-03-23 02:06 Les Maghrébins, ne sont pas d' origine sémite. Encore un ignorant qui sert d' étendard à l'ignorance générale !
Les Maghrébins, c' est à dire les nord-africains sont d' origine berbère.
Avant la colonistiona française l' Algérie comptait 90% de berberophones, aprés l' indépendance elle ne compte que 20% de Berbérophones. La colonisation française avait pour objectif de faire de l' afrique du nord un royaume arabe.
Et aujourd' hui ces "arabisés" arabisent la France. Comme dit ce bon vieux proverbe : " Qui sème le vent, récoltera la tempête !".
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