Jeudi, Février 09, 2012

Portrait: de Tamanrasset à Agouni-Fourrou (Kabylie): Omar Alamine ou le forgeron ambulant


Faire des milliers de kilomètres pour exercer sa passion, voilà bien le défi relevé par un artisan forgeron de Tamanrasset que le destin a mené loin, très loin des siens, en Kabylie, pour y s’adonner à son métier favori qui, plus est, lui procure son pain quotidien et celui de sa famille qu’il ne revoit que d’une manière cyclique.

Agé de 26 ans, orphelin de père et de mère à l’âge de 4 ans, ce jeune charmant targui dut abandonner les bancs scolaires avec le niveau de 9ème AF pour se consacrer pleinement à son métier de prédilection, sa passion, la forge.

Secret de l’amour fou pour cet ancestral métier en voie de disparition, menacé qu’il est par la nouvelle industrie de pacotille, émanant pour la plupart des pays du moyen et de l’extrême Orients, est que l’artisanat en général et la forge en particulier.

L’artisanat chez les targui est une affaire de famille, affirmera Omar qui dira que ses défunts parents étaient des artisans forgerons de même que ses frères et sœurs qui ont pris le relais et dès le très jeune âge.

«Enfant, je me suis mis à épier le moindre geste de mon père et parfois ma mère qui passaient le plus clair de leur temps, à confectionner divers objets et autres bijoux», déclarera notre interlocuteur. Celui-ci avouera, non sans une pointe d’humour, avoir et à maintes reprises, désobligé ses parents, en manipulant un tel outil par-ci et un autre par-là.

«Ils avaient l’esprit figé sur leur travail et les yeux braqués sur moi, tant la crainte de se faire mal ou de se faire brûler par la flamme que dégage la bouteille de gaz butane ou les braises étaient omniprésente en eux», témoignera-t-il. Un témoignage empreint d’une très forte émotion au point de ne pouvoir retenir quelques larmes qu’il s’efforcera de faire disparaître sans attirer notre attention, mais peine perdue tant l’émotion que dégageaient notre visage et ceux de quelques jeunes présents dans son atelier était tout aussi expressive et donc impossible à étouffer et à dissimuler.

En 1995, il entame ses pérégrinations alors qu’il n’avait que 13 ans. Sa première escale fut Ouargla où il ne restera pas longtemps pour prendre la direction de l’Est du pays. D’abord Guelma, puis Constantine pour enfin chuter en Kabylie, du côté d’Aokas, plus précisément, dans la wilaya de Béjaia. C’était en 2001, à quelques mois du fameux printemps noir qui ébranlera la région. Notre forgeron affirmera en avoir été l’un des témoins oculaires et donc privilégiés.

Plus que cela, il avouera avoir pris part et à maintes reprises, aux nombreuses manifestations qui ont jalonné cette sanglante protesta. «J’ai même participé à des scènes d’émeutes et j’en ai eu pour mon audace», ironisera notre interlocuteur, affairé qu’il était dans la confection d’une épée dans son petit atelier loué chez un citoyen d’Agouni-Fourrou, vaste et populeux village de la haute Kabylie (région de Ouacifs) où il s’est établi depuis un peu plus d’une année, en provenance d’Agouni-Gueghrane, localité limitrophe et terre natale de Slimane Azem.

«Il était question d’ailleurs, enchaîne-t-il, que c’est moi qui allais réaliser la stèle à l’effigie de cet illustre défunt artiste avant que le projet ne tombe à l’eau».

Omar affirme prolonger ses séjours loin des siens durant trois à quatre mois pour un intermède d’une dizaine de jours au maximum. «Juste le temps de se reposer quelque peu et recharger les accus parmi les proches», dira-t-il car, le reconnaîtra-t-il, «l’obligation de gagner sa vie est plus forte que toute autre considération».

Et l’atelier ambulant de Omar, pas de quoi s’émouvoir puisque constitué juste d’un marteau, de pincettes avec lesquelles il tient l’objet à fabriquer dans la braise, et d’une bouteille de gaz butane. Omar ne fait pas usage du charbon, hors de portée au vu de son prix exorbitant.

Alors, il se contente d’une poignée de granulats qu’il fait «rougir» pour pouvoir avoir l’effet escompté, soit rendre mou l’objet en fer ou en fonte en vue de le modeler à l’aise.

S’il est vrai que les produits couramment fabriqués sont les haches, les faux, fortement demandées en ces régions de montagne où la période de la moisson emboîtera le pas à celle de la cueillette des olives, travaux qui recommandent notamment l’usage de ces outils, de préférence aiguisés, il n’en demeure pas moins qu’il est de plus en plus sollicité pour des objets à valeur de bijou. Entre autres des bagues, des épées estampillées et autres souvenirs de plus en plus demandés par des clients, émerveillés par la dextérité et le savoir-faire de l’artisan qui, par-dessus tout, fait montre d’une simplicité et d’une modestie loin de passer inaperçues.

Omar qui se fait aisément comprendre des villageois tant le kabyle ne lui est pas étranger, et qu’il dit pas beaucoup différent du targui, affirme caresser un rêve, celui de pouvoir un jour constituer un musée où il aura à faire étalage de tout son talent. Un projet qu’il dit vouloir offrir en cadeau comme reconnaissance à ce village et à la Kabylie entière pour son hospitalité et leur témoigner toute sa reconnaissance, car, reconnaîtra-t-il, «je devrais bien reprendre le chemin inverse un jour ou l’autre».






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