Lundi, Février 06, 2012

Allo El Harrach…passez moi un PDG !


En une semaine ce sont trois PDG et plusieurs autres cadres d’Algérie Télécom qui ont été condamnés à de la prison ferme pour corruption aggravée. Chronique judiciaire d’un pays qui ne veut manifestement pas prévenir le crime financier.« Allo Tokyo, ici Alger. Passez-moi Oran s’il vous plait.»

La blague a vieilli, elle remonte à cette époque, les années 1980, quand le téléphone portable n’était encore que dans l’imagination des amoureux de Science-fiction et que notre réseau pour le téléphone fixe était à l’état embryonnaire. Depuis les progrès prodigieux ont développé le secteur des télécommunications en Algérie simultanément à l’avènement de l’ère Internet.

Un essor dans le secteur qui n’a été possible que grâce à des budgets colossaux, autorisés encore une fois par une manne pétrolière et gazière providentielle, engrangeant des marchés publics alléchants. Si bien que Algérie Télécom, la nouvelle compagnie nationale publique et autonome, issue de la restructuration des PTT, s’est transformée en centre des affaires mafieuses impliquant ses plus hauts responsables. Trois PDG rattrapés par la justice pour des transactions douteuses, des détournements, trafic d’influence… Des marchés publics octroyés selon les «règles» de la corruption.

C’est donc une semaine judiciaire marquée par les dérives d’une entreprise nationale qui s’est laissée saigner par ses dirigeants successifs sans que les mécanismes de contrôle ne puisse stopper le premier, autorisant une sorte de passation de consignes d’un nouveau genre : «Voilà comment on vole chez AT!»

Slimane Kheireddine ex-PDG a donc été condamné, mardi 20 octobre, à cinq ans de prison ferme par le tribunal de Sétif. Des peines allant de un à trois ans de prison ferme ont aussi été prononcées à l’encontre de Mouloud Djazaïri, un autre ex-PDG et Afedjane Mouloud le Directeur des finances et de la comptabilité (DFC), dans la même affaire de malversation ayant causé un préjudice près de 3 milliards de dinars à leur société. Un marché frauduleux contracté en 2006 aurait permis à un homme d’affaires de la ville de Sétif où a été jugée l’affaire, d’encaisser une grosse somme d’argent pour de l’équipement qu’il n’a jamais fourni à Algérie Télécom. Un argent sale probablement partagé par les compères accusés et condamnés.

Hier, on apprenait de source crédible la condamnation de Brahim Ouarets, encore un autre PDG d’Algérie Télécom, à sept ans de prison ferme. Il était poursuivi pour cette affaire de mauvaise gestion et d’infraction au code des marchés qui aurait coûté 80 milliards de centimes à AT. Ce sont plus de 36 marchés concernant la réalisation d’agences commerciales, au mode de gré à gré qu’on reproche à M Ouarets outre de nombreuses factures que les enquêteurs de la brigade économique et financière de la Gendarmerie nationale ont estimées surévaluées.

Comme dans toutes affaires de ce type des voix s’élèvent contre «des règlements de comptes » qui se cacheraient derrière ces poursuites judiciaires. Il n’en demeure pas moins que ces détournements et atteintes à l’économie nationale sont une réalité indéniable et que l’Etat ne semble pas pressé de prévenir le crime par des dispositifs de contrôle immédiats au lieu d’avoir à gérer ces scandales à répétition qui aggravent la crise de confiance entre le citoyen et les autorités.

Les milliards volés que l’on évoque dans tribunaux, au quotidien en Algérie, pèsent sérieusement sur le moral des honnêtes gens qui triment pour survivre dans un contexte inflationniste. Les émeutes de Diar Echems en sont une récente illustration.

Akli Tira



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