Lundi, Mai 21, 2012

De Matoub Lounès à Michael Jackson: chants de l’identité


Ils sont morts le même jour de l’année grégorienne. Un 25 juin, l’un criblé de balles sur la petite route poétique qui mène à son village d’Algérie, l’autre terrassé par une crise cardiaque peut-être à cause d’une surdose de morphine administrée par un médecin soudainement disparu.

Pour ceux qui ont le privilège de les avoir écoutés, le rapprochement n’est pas tiré par les cheveux. Matoub Lounès, chanteur kabyle assassiné le 25 juin 1998 et Michael Jackson la pop star connue sur toute la planète, chantaient tous deux la même souffrance. Celle de l’identité niée.

Talentueux provocateurs, capables de taquiner les establishments quand il s’agissait d’affirmer leur conception de la liberté, de l’impertinence nécessaire dans la musique, dans la création artistique.
Les deux artistes ont su convaincre des millions de fans qui leur ont reconnu ce mérite d’avoir révolutionné leurs genres musicaux respectifs. Matoub a enrichi le chaabi algérien comme Jackson a pu réinventer la pop music.

D’aucuns nous rétorqueront que le premier a défendu sa culture, sa langue amazighe chérie quand l’autre a changé de couleur de peau et aurait ainsi renié sa «race».

Une perception certainement simpliste tant Matoub Lounès a aussi et surtout défendu la culture algérienne en s’engageant pour la réhabilitation d’un pan originel de ses fondements- l’Amazighité- tandis que Michael Jackson s’est, quant à lui, moqué de ce concept de couleur de peau en réalisant ce miracle de devenir blanc avec un nouveau visage.

Même s’il était forcément plus beau dans sa tendre jeunesse auprès des Jackson Five, charmant jeune black, créant ses propres pas de danse, imités dans le monde entier jusqu’à nos jours.

L’on fêtera désormais ce double anniversaire de la mort de chanteurs un peu maudits mais si passionnés. Très éloignés par la géographie ou le style des mélodies mais si proches par cette capacité d’apporter du bonheur à des générations de mélomanes qui ne les oublieront pas de sitôt.

Gageons que les funérailles du diable métissé du show-biz américain nous rappelleront l’enterrement si émouvant de feu Matoub Lounès.

Avec probablement la présence solennelle d’un autre métis, Barack Hussein Obama qui aura certainement à réfléchir sur la personnalité tourmentée du défunt, auteur de …Black or white.

Une chanson où il disait “I'm Not Going To Spend My Life Being A Color.”(*)

(*)"Je ne vais pas passer ma vie à n'être qu'une couleur"



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