Double peine
La statistique est très approximative, c’est tantôt quelques milliers, tantôt un peu plus d’un million… l’estimation du phénomène de la grande pauvreté en Algérie varie selon la conjoncture.
Voilà que le mois de ramadan revenu, l’Etat redécouvre cette fraction sans cesse croissante de la population algérienne enlisée dans la mouise, qui se débat pour garder la tête hors de l’eau dans une société de plus en plus dure.
Ces familles-là, 1,2 million dit-on, auront droit au « couffin du ramadan ». Un coup de pouce sans doute infiniment précieux pour passer le cap d’un mois de jeûne sans trop de privations. Cet acte de charité publique tend à s’institutionnaliser, sachant qu’il fut même question d’une aide financière aux nécessiteux recensés.
Mais en réalité, l’Etat s’en tire ainsi à bon compte en tournant le dos à ses responsabilités dans la mise en place d’une solidarité nationale digne de ce nom. La pauvreté qui fait tache d’huile sur la société algérienne appelle en effet une autre politique que des mesures au coup par coup, des dispositifs bricolés à la hâte et qui perdurent.
Les pouvoirs publics ont les moyens de faire autrement. De garantir par exemple un véritable revenu minimum aux adultes sans emploi et sans ressources, plutôt que des clopinettes pour juste faire bonne figure dans un grand élan de démagogie. De taxer les milliardaires qui poussent comme des champignons, dans des conditions souvent mafieuses, au nez et à la barbe de l’administration fiscale. De faire réellement la chasse aux spéculateurs et aux commerçants véreux qui font flamber les prix à l’approche de chaque mois de ramadan.
Mais il faut croire que ce n’est pas là le premier souci des gouvernants, qui semblent regarder croître la pauvreté comme le mal nécessaire d’une supposée croissance. Disons-le tout net, l'Etat n'est pas disposé à prendre l'argent là où il se trouve en abondance pour réduire les inégalités sociales, financer la solidarité nationale à hauteur des exigences. Mais gare au retour de manivelle !
Finalement, bien que nécessaire, voire indispensable dans certains cas, le « couffin du ramadan » est vécu, quoique l’on dise, comme un épisode pénible par les familles en grande difficulté. Faute de volonté politique, elles subissent ainsi la double peine de l’humiliation dans la pauvreté.












