Gouvernement de la «solidarité nationale»… à toutes les sauces
Avant d’être amputé par le Ramadhan et désaxé par l’avènement d’un système de week-end déroutant, l’été 2009 en Algérie a été marqué par une vacance de gouvernance suivie d’une singulière politique de gouverner par la solidarité nationale.
Jamais loi de Finances n’a, autant que sa complémentaire 2009, intéressé le plus grand nombre, l’opinion publique de manière générale et des cercles particuliers : microcosme politico-médiatique, spécialistes et entrepreneurs du secteur privé.
L’une des principales raisons de cet intérêt inédit réside dans le fait que cette loi de Finances complémentaire ait été balancée sans l’explicitation nécessaire, d’autant qu’elle contenait des dispositions demandeuses de clarifications et de débat, notamment la suppression du crédit à la consommation et l’obligation de l’utilisation du paiement par crédit documentaire pour les importations.
Des mesures qui ont rencontré une contestation amplifiée par la presse. De la part d’une importante proportion de la population qui a vu s’évaporer des projets d’acquisition d’une voiture ou de renouvellement de son électroménager. De concessionnaires automobile qui ne sont pas arrivés à admettre que leur soit retirée la vache à lait et se sont mis à redouter une période de vaches maigres. D’autres opérateurs économiques privés (un bien gros mot pour désigner des gens qui sont en fait de simples importateurs, le plus souvent bas de gamme), pas contents qu’on leur ai demandé d’effectuer leurs transactions de commerce extérieur dans la transparence financière.
Le propos ici n’est pas de savoir si les premiers sont dans leur droit et si les autres n’exagèrent pas. Le problème est qu’il n’y avait personne pour répondre…
Djamel Ould Abbes sur tous les fronts
Et lorsque l’exécutif est rentré de vacances, il ne s’est point empressé à prendre les choses en main et gérer ce qu’il y avait à gérer. A une exception, il faut le reconnaître, un ministre s’est «illustré », Djamel Ould Abbes. Et pas seulement dans l’activité officielle de circonstance pour le mois de carême, l’opération «couffin du Ramadhan » et les « restos de la solidarité » ainsi que l’annonce de l’offre de trousseaux scolaires par l’Etat aux enfants issues de familles démunis (terme savant affectionné par les pouvoirs publics pour désigner les pauvres que, par ailleurs, le ministre des Affaires religieuses ne voit pas !).
Le ministre de la Solidarité nationale s’est également montré au marché des fruits et légumes des Trois Horloges de Bab El-Oued et a inspecté une boucherie de l’Etat dans un autre quartier d’Alger.
Lors d’une rencontre sur la formation professionnelle et l’emploi, en présence des ministres des deux secteurs, c’est Djamel Ould Abbes qui a tenu la vedette, faisant dans le même registre que Bouabdellah Ghlamallah qui avait déclaré à la radio qu’il n’y avait pas de pauvres en Algérie, annonçant la fin du chômage ! Avec cette précision qui est loin d’être anodine : en 2014, au terme du troisième mandat de Abdelaziz Bouteflika ! Il sait ce qu’il fait –et ce qu’il dit– Ould Abbes.
Mais, au-delà, à quoi rime ces sorties intempestives du ministre de la Solidarité nationale, qui va sur les terrains de l’Education nationale, de l’Emploi, du Commerce, voire des Finances ? Ould Abbes s’est même exprimé, jeudi à l’APN, sur les dispositions de la Charte portant Réconciliation nationale au bénéfice des terroristes. Jusqu’à preuve du contraire, il n’est ni premier ministre ni porte-parole du gouvernement. A moins qu’on assiste seulement à une sorte d’énorme lapsus qui fait de l’exécutif une sorte de gouvernement de la solidarité nationale dans lequel l’acte de gestion est remplacé par le geste de la charité.
Cherif Berkache












