Lundi, Février 06, 2012

Islamisme au pouvoir, pouvoir de l’islamisme


Allez savoir comment une brève de l’APS, qui rendait simplement compte de la relation entre sociétés commerciales et l’administration centrale, pouvait conduire aux questions sur l’Etat en place. A sa nature réellement moderne ou en passe de devenir théocratique. La dépêche nous apprend, en effet, que les sociétés commerciales jusque- là rétives à l’ordre légal de déposer leurs comptes sociaux au niveau du Centre national du registre de commerce (CNRC) peuvent, cette fois-ci, échapper aux mesures de condamnations si, munies de la décision de justice y afférente, elles procèdent au dépôt des documents comptables relatifs à l’exercice 2008.

Le ministère du Commerce tend ainsi la carotte après avoir brandi le bâton. De son côté, le CNRC prend part au débat et, prenant pour une ignorance des textes le refus de les respecter, souligne que la mesure «entre dans le cadre des facilitations initiées en matière de dépôt légal des comptes sociaux et en application de la législation en vigueur relative aux conditions d’exercice des activités commerciales».

Ainsi le principe selon lequel «nul n’est sensé ignorer la loi» est-il battu en brèche en matière commerciale comme la peine maximale l’est en matière criminelle. Normal dirait l’observateur politique quand, dans l’Algérie d’une réconciliation prélude à l’amnistie générale, un islamiste dirige le ministère du Commerce et un barbéfélène simule l’antiterroriste pendant qu’il donnait lecture, jeudi dernier, de l’allocution présidentielle.

Dangereux glissements pour lesquels les défenseurs de l’islamisation de l’Etat et de la société ne manquent pas d’enfreindre les lois de la République. D’où leur empressement d’alléger les dossiers de dépôt des comptes de leurs entreprises et de réduire les droits d’enregistrement, conscients en cela que le silence des commerçants véreux a un prix. Puis, cerise sur le gâteau, la nullité pure et simple des décisions de justice prononcées à l’encontre de la plupart d’entre eux. Patrons d’entreprises unipersonnelles (EURL), de sociétés à responsabilité limitée (SARL) ou de sociétés par action (SPA). Grandes ouvertes sont les portes du paradis fiscal come premiers pas vers l’enfer du péril vert. Surtout à l’heure où l’action de masse a plus d’impact par le contenu de la poche que par le bruit de la bouche.

Le FIS dissous était le premier à recruter plus de monde à travers l’opération «souks errahma» et les trésoreries des «APC islamisées» que par la récurrence du discours anti-Etat de ses prédicateurs. Ceux qui se souviennent de Abassi criant à cor et à cri son aversion de l’Etat moderne et de son bras séculier, le fisc, savent maintenant que le système en place s’accommodait moins de l’homme que de son projet de société. La différence entre cet islamisme-ci et celui-là, c’est que l’un était dans l’opposition et l’autre est au pouvoir.

Le pouvoir pour qui le principe d’indépendance de la justice est bel et bien une utopie, en attendant de décréter les notions de processus électoral et de droit à la différence nulles et non avenues. La régression, on y est de plain pied. Féconde ou pas, l’avenir le dira bien.

M.F

 



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