Lundi, Février 06, 2012

Le blues de la blouse


Le ministère de l’Education nationale innove à rebrousse-savoir. En cette rentrée scolaire 2009 – 2010, on ne parle que de la couleur, ou des couleurs, du tablier de l’écolier. C’est la grande trouvaille du moment. A croire qu’il ne reste au gouvernement que cela à changer, à réglementer. La blouse de l’élève ! A se demander si le problème est dans l’uniforme… Allez savoir !

L’absurde le dispute à la légèreté de mauvais goût dans cette histoire de tablier scolaire décrété rose pour les filles et bleu pour les garçons. Le pourquoi de la décision gouvernementale (le gouvernement n’a-t-il à ce point rien de bon à faire que de s’occuper de la couleur du tablier que doit porter l’enfant à l’école ?) est, à plus d’un titre, semblable à celui suscité par le singulier changement de week-end que vient de connaître l’Algérie. Au moins, dans l’utilité (l’opportunité) et la (mauvaise) application.

Comme pour la réorganisation du repos hebdomadaire dont l’interrogation «pour quel objectif ?» demeure sans réponse, il en est de même pour ce qu’on peut appeler le décret du tablier de l’écolier qui ne rime à rien, sinon dans l’expression qui précède. Le nouveau week-end n’a rien apporté de bon, d’utile, au secteur économique, notamment du fait que les jours de repos hebdomadaire soient restés inchangés pour les établissements financiers. Pire, il n’a causé que perturbations dans l’organisation du travail, de l’activité économique et sociale, avec par exemple de multiples problèmes dans la répartition de l’emploi du temps et la bonne exécution des programmes dans le secteur de l’Education nationale.

Tiens, nous y voilà donc ! Retour à l’école… Ainsi, on était encore à appréhender le déroulement de l’année scolaire que le ministre de l’Education nous joue, en cette fin d’un été à la fois trop court et trop long, ce blues de la blouse.

Au-delà de la futilité de la mesure, dans un secteur qui a besoin de plus qu’une réforme, d’une révolution (le décalage entre ce besoin et cette mesure est à l’image du fossé qui sépare de la réalité les centres de décision) le gouvernement n’est même pas capable d’aller jusqu’au bout de sa logique. Se rendant compte des couacs (inévitables) apparus dans l’exécution d’une décision prise à la va-vite et on ne sait dans quel but difficile à saisir par le commun des citoyens, il tente une (vaine) précision : il n’est pas exigé une nuance exclusive de couleur. Du coup, la mesure perd tout prétendu justificatif, le rose pouvant aller d’un blanc à peine rosi au rose bonbon le plus proche du rouge et le bleu, du bleu le plus clair au bleu marine ou bleu nuit à confondre avec le noir.

Situation semblable à celle de l’application du nouveau week-end. Illustration d’une gestion approximative des affaires de l’Etat. Avec, depuis le début de l’été, une absence remarquée du gouvernement, dont le premier des ministres est dit au seuil de la sortie, par le média naturel qu’est la rue et les médias professionnels –faisant échos à des bribes de «renseignements» parvenues d’«en-haut»–, qu’il va bientôt rendre le tablier…Pour quelle nouvelle blouse, rose ou bleue ?

Cherif Berkache



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