Le mouvement des Non-alignés, une voix sourde mais pas tout à fait inutile
Boutefkika et Raoul Castro s’en vont main dans la main en direction de la station balnéaire égyptienne de Charm El Cheikh où se tiendra, les 15 et 16 juillet, le 15ème Sommet des Non-alignés. Cuba et l’Algérie sont des membres importants, au statut emblématique, de ce mouvement qui bouge encore visiblement, malgré les nombreux chambardements de ces dernières décennies.
Le bloc de l’est s’est écroulé, l’Union européenne s’est consolidée, la Chine s’est réveillée, d’autres pays émergent, et il y a un noir à la tête de la grande Amérique. Entre temps, il y a eu la guerre du golfe, celles d’Irak et d’Afghanistan, l’attentat du 11 septembre, la montée de l’intégrisme islamiste, Ben Laden, son fantôme et Al Qaida…Quel peut-être donc le sens du mouvement des Non-alignés dans ce contexte ? La question s’impose et la réponse est généralement vite trouvée : l’institution est anachronique, la centaine de chefs d’Etat qui se réunit en Egypte se paie un saut en arrière dans l’Histoire, prend un bain de nostalgie. Cette perception est fondée si l’on s’en tient au seul repère du « non alignement » dont le contenu est effectivement vide de sens aujourd’hui.
Cela étant, la mission politique que s’est fixée l’institution (Déclaration de la Havane en 1979) reste malgré tout d’actualité. La décolonisation achevée, «l’impérialisme », ce gros mot devenu quasiment interdit dans les usages, n’en continue pas moins d’être une réalité. Le filet est sournoisement posé sur nombre de pays d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine. Le chantage économique est monnaie courante, les liens de dépendance aux grandes puissances soigneusement entretenus. Tandis que la pauvreté ne cesse de s’étendre à l’échelle du monde, prend des dimensions catastrophiques. La Palestine enfin, est plus que jamais occupée, les habitants de Gaza écrasés sous un blocus cauchemardesque, crime permanent commis au grand jour sous le regard de la communauté internationale.
Tout compte fait, même si les blocs géopolitiques ne sont plus, la donne n’a pas vraiment changé en terme de domination, de dépendance et de sous-développement. Dans sa forme, le mouvement des Non-alignés est effectivement dépassé. Il est en grande majorité composé de pays au profil dictatorial, ou, dans le meilleur des cas, drapés sous une démocratie de façade. Mais il rassemble tout de même près des deux tiers des membres de l'ONU et représente 55% de la population mondiale. Une capacité potentielle d’influence et de pression qui n’est pas négligeable si chaîne de solidarité il y a cette fois au cœur du mouvement pour le développement économique dans la démocratie.
Ainsi, face à une gouvernance qui se cherche dans une mondialisation accélérée, à l’heure où une poignée de pays riches décident de régenter le monde, le mouvement des Non-alignés est une voix sourde, certes, mais sans doute pas tout à fait inutile.












