L’émeute dope la dictature
L’Algérie continue sur le chemin chaotique de la protestation de rue. Emeutes à Diar Chems, vieux quartier populaire de la Capitale qui saisit l’occasion d’un mécontentement général pour une fusion explosive du ras-le bol des lycéens avec celui des mal logés , des chômeurs et autres laissés pour compte.
Encore une fois les arrogants maîtres d’Alger constatent ce que pensent vraiment les Algériens de leurs gouvernance. Néanmoins il n’est plus possible que notre peuple se contente de ces sursauts périodiques, mal organisés qui livrent le flan à toutes les manipulations en autorisant les plus malins à travestir les revendications des plus sincères.
Schéma désormais connu de la révolte qui finit par avorter au profit des opportunistes qui savent s’inventer une médiation zélée pour une place convoitée auprès des cercles du pouvoir. On se souvient de tous ces faux géniteurs qui ont revendiqué la paternité du soulèvement d’octobre 88 comme on se souvient des bons offices d’un certain Allilouche en 2001, auprès du gouvernement Benflis quand des enfants tombaient encore sous les balles assassines des services de l’insécurité.
Il en est ainsi des émeutes «spontanées», elles restent orphelines faute de pouvoir transformer le cri de colère en discours politique capable d‘en finir avec la démagogie du régime. Les Aarchs ont bien essayé de rédiger une plate-forme de revendications suite aux graves troubles du Printemps Noir après l’assassinat d’un jeune dans une brigade de gendarmerie.
Un texte difficilement consensuel où il a fallu filtrer les tendances partisanes pour aboutir à une quinzaine de points arrêtés le 11 juin 2001 à El Kseur. Curieux mélange de slogans et de revendications certes légitimes mais qui ont exigé l’élaboration d’un nouveau document appelé « explicitation … ».
Un travail réalisé par une structure forte de centaines de militants de différents horizons assez rompus à l’exercice politique pour donner du fil à retordre au « pouvoir mafieux et assassin ». Une épopée de la protesta dont les acquis sont objectivement décevants.
Qu’attendre alors d’une fronde de jeunes d’Alger beaucoup moins outillés politiquement que ces «aârouch» forgés dans la contestation séculaire réveillée par les berbéristes de 80? Il n’est jamais facile de reprocher aux plus démunis leurs faiblesses mais elle paraît vraiment inutile cette bataille de rue entre des citoyens et ces pauvres policiers contraints à la sale besogne de la répression alors qu’ils savent qu’ils iront se coucher, éreintés, dans leurs quartiers aussi miséreux que celui qu’il auront eu la mission de mater.
Non ! la protestation de rue sans une force politique d’opposition déclarée pour la guider sans violence ni trop de dépassements, au discours clair et rassembleur, ne sert qu’à renforcer la dictature.
Le pouvoir profite du brouhaha pour infiltrer, mater, manipuler et discréditer, tuant dans l’œuf le poussin de la révolution. Il faut que les Algériens qui veulent absolument en finir avec les fossoyeurs de l’Algérie, se structurent et réclament pacifiquement leur départ. L’émeute tendant à les renforcer, les maintenir.
Akli Tira












