Lundi, Février 06, 2012

Les « non jeûneurs » font partie du peuple


Un homme et une femme ont été arrêtés à Alger. Dix autres personnes ont été interpellées à Setif. Motif: Ces gens n’ont pas observé le jeûne en ce mois de Ramadhan. Ils sont poursuivis pour un délit cependant inexistant dans le Code pénal, l’amendement qui lui a été porté en 2002 parlant d’« offense » contre le prophète Mohamed et « le dogme ou les préceptes de l’Islam », « par voie d’écrit, de dessin, de déclaration ou tout autre moyen ». Ceci pour rester sur le terrain strictement juridique.

Si on élargit au domaine législatif, il est toujours utile de rappeler que la loi fondamentale du pays consacre –depuis la promulgation de la première Constitution algérienne, en 1963, jusqu’à la révision de 2008– la liberté de culte, bien que l’article 2 stipule que l’Islam est religion de l’Etat.

Une ambiguïté qui profite aux seuls conservateurs (pas traditionnels) idéologiques. Le comble est qu’ils utilisent les instruments de l’Etat et les institutions de la République ! Ces « non jeûneurs » (quelle ineptie!) sont traduits devant la justice de l’Etat algérien après avoir été arrêtés par la police de la République, celle-là même qui fait face aux plus extrémistes de ces conservateurs, les islamistes armés, organisés en une entreprise terroriste vieille de dix-sept ans dont on n’arrive toujours pas à bout.

Il n’est pas besoin d’être un stratège militaire pour voir la cause de cet état de fait dans les tergiversations politiques. A vouloir protéger la chèvre tout en ménageant le chacal, on laisse la frayeur envahir toute la bergerie. Dans cette histoire des « non jeûneurs » (qui se répète chaque année), le chacal a le beau rôle, la chèvre à sa merci, avec l’assistance du berger.

Ainsi, l’Etat algérien ne fait pas que céder des espaces publics aux conservateurs, aux islamistes ; il leur offre son pouvoir législatif, son système judiciaire et sa police. Le plus « drôle » peut-être c’est que l’Algérie avance à reculons. C’est quarante ans après la naissance de l’Algérie moderne, en 2002, qu’a été ajouté l’amendement « religieux » au Code pénal.

Cette régression non féconde a en fait commencé il y a une génération, avec la montée de l’islamisme, d’abord dans le champ politique –y compris, pour ne pas dire surtout, au sein des arcanes de l’Etat–, avant d’affecter la sphère sociale. Aujourd’hui, au sommet de l’Etat, on fait dans l’explication à rebours, tentant de justifier le compromis avec l’islamisme par « l’attachement du peuple à sa religion ». A croire que si, par exemple, l’Algérie était passée au week-end universel, il y aurait eu un soulèvement populaire ! Ensuite, pour tous les « gestes » accordés à l’islamisme, le peuple a-t-il demandé quoi que ce soit ? Par quelle voie? En tout cas, pas par voie référendaire, ce procédé affectionné présentement par le pouvoir (conjoncturellement et utilisé "à sa guise").

Au fait, les « non jeûneurs » sont une composante de ce peuple. Et en admettant le postulant de la loi de la majorité, les minorités n’ont-elles pas des droits ?

Cherif Berkache







 



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Commentaires  

 
+1 # Ali 2009-09-13 09:50 c'est pas étonnant de voir ça, et ça existe depuis toujours; il faut faire comme le plus grand nombre et c'est pas la liberté de culte mais la loi des abrutis Reply | Citer | Citer
 

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