Les salariés de la SNVI en grève. L’UGTA, en perte de vitesse
Au sixième jour de grève des salariés de la SNVI à Rouiba, l’UGTA, plus vieux syndicat du pays, prend la peine de se fendre d’un communiqué qui fait état des « efforts » des pouvoirs publics en direction de cette industrie. Le traitement de l’endettement, l’apport d’argent frais et le programme de modernisation «décidé par son excellence, Monsieur le président de la République», martèle-t-on. Diable ! Autrement dit, les salariés de la SNVI se comportent comme des enfants gâtés. Pour qui veut décoder le message de l’UGTA, ils n’auraient donc rien de mieux à faire que de stopper le mouvement, de regagner les ateliers, voire de se confondre en excuses auprès de la hiérarchie. Ce discours est tout simplement insupportable, et qui plus est de la part d’un syndicat.
L’entreprise est certes confrontée à de sérieuses difficultés, à l’image d’autres sociétés nationales qui agonisent dans un environnement de plus en plus complexe. Mais en quoi les salariés sont-ils responsables du démantèlement et de la casse du secteur public productif, de l’ouverture anarchique à la concurrence, de la fièvre du libéralisme qui s’est emparé de nos gouvernants sous le règne de Bouteflika ? Pourquoi devraient-ils payer les frais d’une politique économique irresponsable et suicidaire qui en fait aujourd’hui des travailleurs pauvres, sommés de partir à la retraite à genoux, après de longues années de travail pénible et usant, alors que des foules de parasites, d’affairistes, prospèrent allègrement à l’ombre de l’économie de bazar?
L’UGTA vient en réalité au secours d’un gouvernement Ouyahia visiblement désemparé devant la situation actuelle, marquée par la chute drastique des entrées de devises, l’explosion de la corruption jusqu’aux échelons les plus élevés du pouvoir, la désorganisation de l’économie sous pression de décisions bricolées à la hâte, la montée du chômage et le malaise croissant des salariés de la Fonction publique, tous secteurs confondus. Entre temps, les députés de la fameuse "Alliance" ronronnent et se la coulent douce, tandis que l’opposition s'éteint tristement.
Dans ces conditions, disons-le tout net : les salariés de la SNVI ont mille fois raison de hausser le ton pour porter des revendications légitimes. Ils se mobilisent pour des salaires décents et de meilleures conditions de départ à la retraite. Ils ne «grognent» pas comme écrivent maladroitement nombre de journalistes, mais donnent une superbe leçon de syndicalisme à l’UGTA, aujourd’hui en perte de vitesse.












