Nouveau gouvernement mauritanien : une rupture avec les dosages traditionnels
Les Mauritaniens habitués, depuis l'ère post-indépendance, aux gouvernements de dosages tribaux ont, cette fois, compris qu'il n'est pas nécessaire de garder cette formule.
Avec la composition du gouvernement actuel, Ould Abdel Aziz a détruit tous les préjugés de tribalisme, de régionalisme, de parentés. Il faut noter que, même au sein de son entourage immédiat, Aziz n'a pas eu à nommer des membres du gouvernement. Il a plutôt fait prévaloir la compétence et la technocratie.
Aucun membre de la nouvelle équipe ne sort de la règle du profil qu'il faut pour en faire un responsable du département où il se retrouve.
Une vaste représentation de la composante négro-africaine, dont sept ministres figurent sur la liste, ainsi que celle des haratines (esclaves affranchis ou anciens esclaves). Ces derniers représentant les classes les plus démunies dont Aziz fait le symbole de son combat politique, ravissent la vedette aux traditionnels leaders de l'opposition en les supplantant dans leur discours et en s'appropriant leur populisme.
A plus de 90%, les membres du nouveau gouvernement sont issus des soutiens du président Mohamed Ould Abdel Aziz, notamment avant, pendant et après la crise née du coup d'Etat du 6 août 2008, ayant déposé l'ancien président Sidi Ould Cheikh Abdallahi. Une façon, penserait-on, de récompenser certains efforts une fois la victoire assurée. Chaque membre du tout nouveau gouvernement du Premier ministre reconduit représente, à part, une symbolique spécifique.
"nettoyage des écuries d'Augias"
La composition de la nouvelle équipe a déjà suscité la réaction de l'opposition, par la voix d'un dirigeant de l'Alliance Populaire Progressiste (APP) de Messaoud Ould Boulkheir, auparavant porte-parole de l'ancien président Sidi Ould Cheikh Abdallahi, lequel a estimé qu'il s'agit d'une "équipe marquée par l'exclusion et le manque d'expérience".
Ce responsable de l'opposition a rendu publique une déclaration dans laquelle il a critiqué sévèrement Aziz et la nouvelle équipe gouvernementale, qualifiant le scrutin du 18 juillet dernier de " mascarade falsifiée".
En réalité, le nouveau gouvernement mauritanien, composé de 27 portefeuilles ministériels et de 3 secrétariats d'Etat, est plutôt une équipe de technocrate, rompant avec les traditionnels dosages tribaux et régionaux. Toutefois, il ne comprend pas de ministre de l'opposition. Le général Aziz a, auparavant, à plusieurs reprises, lancé un appel à cette dernière, afin qu'elle "apporte sa participation à l'ouvre de développement national", ce à quoi l'opposition n'a pas voulu répondre, considérant qu'il s'agit de "manoeuvre politicienne".
Quoi qu'il en soit, la nouvelle équipe, qui s'est réunie pour la première fois le jeudi 13 août courant, a devant elle un héritage lourd nécessitant un véritable "nettoyage des écuries d'Augias". Cela est d'autant plus vrai si l'on se rappelle encore que Mohamed Ould Abdel Aziz a pris un tas d'engagements, dont les populations les plus démunies attendent le retour.












