Lundi, Février 06, 2012

Octobre 88, le ver était dans le fruit


Octobre 88, octobre 2009 : une trotte depuis que le pluralisme politique et la liberté de la presse écrite ont cours en Algérie. Vingt et un ans de multipartisme sans qu’aucun parti d’opposition n’ait pu encore porter son leader au poste de président de la République ou s’offrir la majorité des sièges à l’assemblée nationale populaire.
Mais que s’est-il passé pour que la pression populaire à l’origine du changement de régime dès février 89 n’ait pu se reproduire et conduire au musée le FLN comme les tenants du système ont conduit à sa dernière demeure le président Boudiaf ? Cet historique de la Révolution algérienne a pourtant crée le FLN pour mener avec succès la guerre d’indépendance nationale.

Ceux qui l’ont empêché de présider ensuite aux destinées du pays s’en sont servis, dès 1962, comme d’un instrument de pouvoir pour se maintenir aux commandes de l’Etat naissant leur vie durant. Pris de panique suite à la victoire du FIS aux législatives de décembre 1991, les auteurs de l’arrêt du processus électoral n’avait pas d’autre solution que de se tourner vers une figure qui incarne le mieux la légitimité historique.

Ait Ahmed ? Le chef du FFS bénéficie en effet du respect dû à un historique de la Révolution mais considère que le mal en Algérie est davantage le système en place que les islamistes du FIS. Boudiaf ? Voilà l’homme qui, en deux ans seulement, aurait réduit à sa plus simple expression la nébuleuse islamiste. Sauf que, pour atteindre cet objectif, le père du FLN et de Novembre devait expliquer  la nécessité d’un nouveau souffle politique, un mouvement à même de rendre insignifiant l’ex- parti unique et vaines les nuisances du FIS et assimilés islamistes. Le RPN par exemple.

A peine l’idée était-elle rendue publique que des organisations de la société civile et des partis politiques, dont le RCD, se déclaraient déjà  parties prenantes du futur Rassemblement Patriotique National. Véritable force politique qui allait permettre à Boudiaf de mettre à exécution des décisions qui fâchent. Surtout celles, par exemple, de réformer l’école, de barrer la route à la maffia politico-financière, ou de retirer du jeu politique le sigle FLN en tant que patrimoine commun à tous les Algériens.

Mais c’était compter sans la vigilance de ceux qui, dans les rouages de l’Etat, vivent des complots des uns contre les autres, dressant pour ce faire des islamistes acharnés contre les forces de progrès, et poussant l’arabisant à se méfier du francisant et ce dernier à mépriser le premier. Des malfaisants spécialisés dans l’intrigue et le chantage en poussant à la faute les forces saines de la société. Forces du mal absolu qui imaginent octobre 1988 et mettent à exécution le plan avant de s’en prendre, trois ans plus tard, à Boudiaf devenu problème après avoir servi, six mois durant, de solution. Il suffisait de présenter comme un islamiste Boumaarafi pour enterrer avec le mort son projet de RPN et rendre moins fréquentable la mouvance islamiste. Un plan du diable.

Octobre 88, octobre 2009. On ne se souvient pas plus du déroulement des évènements sanglants d’octobre que de la répression des jeunes qui s’en étaient pris aux édifices et symboles de l’ex parti-Etat. Entre autres des mouhafadha du FLN, des commissariats de police et des sièges de ministères. Sans parler de la mise à sac de galeries algériennes et de souks el fellah, grandes surfaces  aux côtés desquelles brulaient d’un même feu des mairies et des daïras prises d’assaut par des jeunes en furie : le feu du ras-le-bol général  et du rêve d’un changement radical. Beaucoup d’entre eux sont tombés sous les balles assassines de militaires instruits de tirer sans sommation. 150 selon le décompte des autorités, plus de 500 d’après certaines associations et des parents de victimes dites des événements d’octobre 88.

Pire encore était le cas de ceux qui, arrêtés, furent soumis notamment à une dégradation morale et physique. La torture au vu et au su de tous pour montrer avec quelle horreur le pouvoir réagit contre «les ennemis de l’Etat et les fauteurs de troubles». Toute l’horreur du monde pour que personne ne s’interroge sur les raisons du déclenchement des évènements et l’identité de leur instigateur.

Et si l’opposition active dans le secteur économique, l’administration et les universités,  savait que les événements en cours étaient la conséquence de batailles rangées entre clans au pouvoir ? Déjà que l’arrestation la veille du 5 octobre de nombreux cadres de l’ex-PAGS, parmi lesquels des responsables centraux et des relais dans la société, ne suffisait point à convaincre l’opinion sur la responsabilité d’un parti clandestin dans les évènements.

L’intérêt, désormais, n’est pas de savoir qui a manipulé les révoltés  d’octobre mais pourquoi. Pourquoi ? En tout cas pas pour que «les bébés d’octobre», comme l’écrivait à l’époque le chroniqueur de la revue «Révolution Africaine» à propos de la démocratie et de la liberté d’expression, se développent et atteignent un jour l’âge adulte. Le système manipule l’islamisme contre une partie des islamistes et les démocrates, les démocrates contre le parti d’Ait Ahmed, et Hamas qui se rabibochera tôt ou tard avec ses pairs de l’ex-FIS et de Nahda promet de gouverner conformément à la charia dès le mandat 2014-2019. En octobre 1888, le ver était dans le fruit.



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