Les propos de Me Hocine Zehouane sur les droits de l’homme et «leur instrumentalisation au service d’intérêts claniques, voire de puissances occultes» ne pouvaient passer inaperçus. Surtout quand, virulent davantage à l’égard du parti d’Ait Ahmed que de la structure du duo Bouchachi/Ali Yahia Abdenour, l’avocat prévient des conséquences de la manipulation des notions d’indépendance, d’insoumission, d’autonomie, de solidarité et de coopération.
«Ce sont là des valeurs fragiles, non exemptes d’ambivalence et d’ambiguïté, qui ont de tout temps été l’objet de dénaturation de la part de certaines puissances», a-t-il confié avant de révéler : «l’Algérie fait l’objet de tentatives d’instrumentalisation des droits de l’homme à l’effet de satisfaire des intérêts claniques au plan interne et des puissances occultes se ramifiant au plan externe.»
Propos lourds de sens, dits dans la bouche du président de la Ligue pour la défense des droits de l’homme(LADDH), s’exprimant en conférence de presse tenue lundi au siège de l’ONG, à Alger. Sauf que, dans le cas du FFS, l’orateur désigne l’accusé sans définition exacte des charges retenues contre lui.
La suite de l’intervention montre en effet que l’ancien opposant de Boumédiène reproche au parti d’Ait Ahmed de conspirer contre sa Ligue plutôt que contre son pays. Preuve en est ces quelques griefs sans rapport avec la situation en Algérie: «le FFS a tout fait pour s’emparer de la direction de la Ligue dès le lendemain de mon installation» (…), «les responsables de ce parti ont tout fait pour étouffer la voix de la Ligue en répondant des informations erronées à l’étranger»(…), « un parti en accointance avec des réseaux d’intérêts à l’étranger pour saboter la nouvelle orientation de la Ligue», «le maître d’œuvre de cette compagne est Driss El Yazami, un marocain de nationalité française, connu comme sponsor politique du neveu d’Ait Ahmed», etc.
Pourtant Hocine Zehouane n’ignore pas le lien entre des ONG et des puissances dans le monde. Dont la plus importante d’entre elles, les Etats-Unis d’Amérique qui, des fins fonds de ses services de renseignement et de son puissant complexe militaro-industriel, firent sortir à la face du monde l’ONG prétendument anti-corruption appelée Transparency international .
Le FFS a-t-il manipulé dans ce sens pour s’exposer à l’accusation d’intelligence avec l’ennemi ? Voilà un pas que le conférencier n’a pas osé franchir, lui qui savait tout des accointances du FFS avec le FIS pour affaiblir, au nom des droits de l’homme, l’action des forces antiterroristes et des populations attachées à la démocratie et au droit à la différence. Probablement parce que, partisan de la thèse du «qui tue qui ?» et de la régression féconde, le président de la LADDH partagerait l’idée que le mal est davantage le système en place que l’islamisme armé. Un point de vue comme un autre même si l’Iran, une république islamique où le pouvoir des mollahs s’est construit sur le cadavre des forces de progrès, ne saurait être un exemple à suivre. Ce à quoi Zehouane objecterait, non sans raison, que Belkhadem, devenu chef de gouvernement après avoir été pris en flagrant délit de conspiration contre l’Algérie, servirait mieux comme ambassadeur d’Iran à Téhéran qu’en tant que chef du parti du FLN ou de représentant personnel du président.
Une réaction à même de pousser le conférencier d’hier à ajouter à sa liste des manipulateurs des droits de l’homme les tenants du système en place. Lesquels s’illusionnent encore de pouvoir amadouer l’islamisme en lui cédant, en plus de l’école et des mosquées, des espaces de souveraineté dans le gouvernement. En attendant de prendre tout le monde à contre-pied et, comme Caligula devenant maître incontesté de Rome, nommer son… chameau sénateur. Une situation qui n’aurait pourtant pas eu lieu si Agrippine, entendant Tibère se plaindre de Caligula, avait compris que «Rome allaitait un serpent».
F.M













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