Du séjour algérien de la sous-secrétaire adjointe américaine à la Défense pour l’Afrique, Mme Vicki Huddleston, on ne retient pas plus le contenu de sa conférence de presse et la teneur de ses entretiens avec le vice-ministre algérien délégué à la Défense que son propos, un seul, relatif à la volonté américaine d’installer quelque part en Afrique un commandement militaire US.
"Il n’y a aucune intention pour le moment de localiser ce commandement en Afrique», a en effet affirmé la diplomate, consciente du rejet unanime en Algérie et partout en Afrique du projet cher à l’administration Bush, l’Africom.
Même le roi alaouite, qui ne verrait pas d’un mauvais œil l’implantation de telles bases sur des territoires sahraouis si Washington reconnaissait sa souveraineté sur le Sahara occidental, avait opposé à l’offre américaine l’inviolabilité de l’intégrité territoriale du Maroc.
La rencontre de Mme Huddleston avec M. Guenaizia était celle d’une superpuissance engagée dans la lutte contre le terrorisme transfrontalier et d’une nation en lutte contre l’islamisme armé depuis près de vingt ans. Seul contre l’ennemi intérieur et le silence complice du monde extérieur jusqu’au jour où, atteinte là où ça a fait trop mal, l’Amérique fut revenu de l’illusion de faire d’un serpent un allié.
L’islamisme encouragé contre l’Union soviétique «athée» devait, un jour, nécessairement se retourner contre l’Amérique «impie». Le 11 septembre 2001 les Etats-Unis d’Amérique et, derrière eux, l’occident tout entier comprirent enfin que l’Algérie avait raison. Sa longue expérience dans la lute contre le péril vert devrait, désormais, servir y compris la stratégie US d’en finir avec El Qaida et tout autre organisation islamo-terroriste dans le monde.
Voilà pourquoi, conciliante, la diplomate américaine rassure son homologue algérien même si, en conférence de presse, elle évoque plutôt une suspension du projet d’installation des bases de l’Africom en Afrique du nord.
«Pour le moment», a-t-elle en effet précisé, «le quartier général restera basé à Stuttgart, en Allemagne». Mais ce commandement militaire US, dont la mission est d’«assurer la paix et la stabilité» en aidant les forces armées africaines à «lutter contre le terrorisme et le trafic de drogue et d’armes», ne craint-il pas d’être une source de haine populaire de sorte à rééditer en Afrique du nord le chaos irakien ? Mme Huddleston et ses supérieurs à la Maison Blanche n’ignorent pourtant pas qu’une aide américaine en moyens financiers et matériels serait autrement plus bénéfique à la lutte antiterroriste dans la bande sahélo-saharienne qu’une présence physique de leurs bâtiments dans la région et leurs troupes sur le terrain.
Surtout que 132 ans de lutte contre un colonialisme de peuplement suffisent à faire de l’Algérien, dirigeant au pouvoir ou simple citoyen, l’homme le plus hostile à toute présence étrangère sur le territoire nationale. «L’un des piliers de la politique algérienne est de ne jamais cautionner une présence militaire étrangère ni dans la région du Sahel ni dans le continent», a indiqué à ce sujet une source diplomatique algérienne.
Une position à laquelle la collaboratrice de Robert Gates a consenti une reconnaissance somme toute diplomatique. «Nous apprécions le rôle joué par l’Algérie dans la lutte contre le terrorisme au Maghreb et dans la région subsaharienne», a en effet conclu la conférencière Etatsunienne. Simples propos de diplomate ou geste de bonne volonté envers un pays avec lequel il faut compter ? L’avenir lèvera, en tout cas, le voile sur bien des secrets.
Mas Aghilès












