Tout le monde est surpris, dans la région, de voir le défilé d’ambulances militaires et du secteur sanitaire se dirigeant, l’une après l’autre, vers des enceintes hospitalières. Et d’en sortir non sans y avoir déposé des sacs en tissu ou en plastic blanc. Tous semblent recouvrir un cadavre de taille moyenne.
En effet, les chefs militaires identifient des terroristes abattus et non leurs éléments, officiers ou hommes de troupe. Voilà pourquoi, un mois après l’encerclement du groupe, les gens restent sans réponses face aux questions de savoir si les éléments de ce groupe obéissaient à El Qaida au Maghreb ou au GSPC, s’ils avaient tenté de négocier leur reddition ou d’entrainer dans quelque piège les forces de l’ANP.
"Contact ininterrompu" avec Hassen Hattab
Tout simplement parce que, réputée zone de repli pour les groupes armés, l’Akfadou sert, depuis près de deux ans, de «zone autonome» sous l’influence de factions prêtes à déposer les armes. Notamment celles dont «le contact ininterrompu» avec Hassen Hattab, un repenti plus ou moins écouté par d’anciens compagnons ayant un pied dans la trêve et l’autre dans l’action armée, bruissaient au son d’une reddition conforme aux dispositions de la Charte sur la réconciliation nationale.
Que s’est-il passé à Adekar et Akfadou pour qu’une opération de ratissage conduise, un mois seulement après son déclenchement, au langage des armes plutôt qu’à la négociation entre une armée prenant de plus en plus les choses en main et des groupes armés largement défaits ?
Une délégation de hauts gradés de l’ANP devrait, selon des sources au fait de la situation sécuritaire en Kabylie, enquêter sur cette «décision militaire» d’en finir avec des dizaines de terroristes.
«Une soixantaine» avancent des habitants de la région qui justifient l’ordre d’ouvrir le feu par «l’hésitation dont faisaient preuve les terroristes malgré les garanties».
L’officier qui a ordonné aux soldats de faire usage de leurs armes a peut-être flairé le danger : «sans doute l’ennemi voulait-il gagner du temps avant de s’enfouir ou, pire encore, de conduire à la boucherie les éléments de l’ANP», analyse-t-on ici et là. Surtout que les islamistes qualifient indifféremment de ruse ou de traitrise la guerre. Par contre, tuer pour ne pas mourir est, en temps de guerre, un principe militaire.
«A la guerre comme à la guerre», enseignent les académies inter armes. D’où le devoir pour tout officier et ses éléments d’être plutôt prudents que confiants. Une attitude dont devraient faire preuve tous ceux qui, voilà un mois, procèdent à des opérations de recherche dans l’Akfadou et sur les monts des Babors.
C’est le ratissage d’envergure auquel prennent part, selon des témoins, des forces terrestres et aériennes soutenues par des barrages de police et de Gendarmerie, notamment à Chemini, Akfadou et Adekar où la présence d’un important groupe armé a été signalée.












