Reportage: Diar Chems sur une poudriĂšre : le soleil ne brillera pas demainâŠ
Les Ă©meutes ont repris hier en fin dâaprĂšs-midi pour la seconde journĂ©e consĂ©cutive Ă Diar Chems, un quartier de lâAlgĂ©rois projetĂ© au devant de la scĂšne mĂ©diatique nationale Ă la faveur des Ă©vĂ©nements sur fond de bras de fer entre habitants et forces de police, dont il est le théùtre depuis lundi dernier. Et la situation demeure aussi tendue 48 heures aprĂšs le dĂ©clenchement des hostilitĂ©s en dĂ©pit du semblant dâaccalmie qui y rĂšgne.
Rien nâest moins sĂ»r, en effet, que les hostilitĂ©s ne vont pas reprendre dâun moment Ă un autre avec la mĂȘme intensitĂ© que ces derniĂšres heures si ce nâest plus, tant la tension est vive. Lâintervention des forces de police pour rĂ©primer un mouvement qui se voulait dĂšs le dĂ©part pacifique puisque portant sur une revendication sociale, des logements dans le cas prĂ©sent, a mis le feu aux poudres, au moment oĂč les habitants attendaient un hypothĂ©tique retour dâĂ©cho de la part des Ă©lus de lâAPC dâEl Madania.
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En guise de rĂ©ponse aprĂšs deux jours dâĂ©meute, de chassĂ©-croisĂ© entre les forces de lâordre et les habitants, et des dĂ©gĂąts importants, les Ă©lus ont promis aux Ă©meutiers de leur consentir 300 logements seulement. « Câest ahurissant ! On nous prend pour des nigauds ? 300 logements pour 1500 famillesâŠcomment comptent-ils sây prendre ?! », Sâinterrogent les habitants qui prĂ©viennent que si leurs dolĂ©ances ne sont pas prises sĂ©rieusement en charge, ils comptaient battre de nouveau le pavĂ© dĂšs hier soir.
Si lâĂ©meute sâest tue, la colĂšre continue toujours de couver chez ces citoyens. Les ââUneââ des journaux parus avant-hier ont tĂŽt fait de susciter lâexaspĂ©ration de ces citoyens. Si les Ă©vĂ©nements ont fait les choux gras de la presse nationale qui sâen est dâailleurs largement fait lâĂ©cho, cela nâa pas Ă©tĂ© le cas de ces acteurs malgrĂ© eux qui ont Ă©tĂ© projetĂ©s au devant de la scĂšne nationale.
Les photos des jeunes Ă©meutiers en pleine action ont fait le bonheur des Ă©diteurs, certes, mais pas des concernĂ©s qui dĂ©noncent le « parti pris » des journalistes qui se seraient, selon eux, Ă travers une couverture « partiale et Ă sens unique » placĂ©s de facto du cotĂ© des forces de lâordre.
Devant notre Ă©tonnement, un jeune intervient : « Comment alors expliquer que les photographes ont-ils dĂ©libĂ©rĂ©ment dirigĂ© leurs appareils vers nous en train de lancer des pierres et pas sur les policiers qui eux faisaient de mĂȘme ? Je vais vous Ă©tonner en vous disant que ce sont les policiers dĂ©pĂȘchĂ©s de Kouba et du Hamiz qui ont mis le feu aux poudres. A leur venue, nous tenions un rassemblement ordinaire pour rĂ©clamer dâĂȘtre relogĂ©s. Dâailleurs, le gros des personnes rassemblĂ©es portant des pancartes, Ă©tait constituĂ© de vieilles personnes. Nous avons Ă©tĂ© surpris de voir quâĂ la place des Ă©lus, nous avions Ă faire aux agents anti Ă©meute. Outre leur intervention musclĂ©e, ces derniers se sont honteusement distinguĂ©s par des gestes et des attitudes vulgaires, nous traitant de divers noms dâoiseaux et nous profĂ©rant mĂȘme des mots vulgaires accompagnĂ©s de gestes obscĂšnes. Devant cet Ă©tat de fait, nous ne pouvions rester les bras croisĂ©s. Nous avons rĂ©agi et le rĂ©sultat a Ă©tĂ© que la riposte des policiers a Ă©tĂ© encore plus fĂ©roce. Plusieurs dâentre nous furent sauvagement tabassĂ©s par les policiers. Un voisin a mĂȘme reçu une grosse pierre sur la tĂȘte ; lâimpact a Ă©tĂ© tel que le malheureux a perdu la mĂ©moire et ne reconnaĂźt plus sa propre mĂšreâŠ. », raconte la rage dans lâĂąme un jeune homme.
« Depuis 1962, on nous promet des logements »
Et de poursuivre : « nous avons longtemps trainĂ© cette mauvaise notoriĂ©tĂ© dâĂȘtre des personnes Ă problĂšmes ; mais cette fois nous voulions faire passer un message : nous rĂ©clamons notre droit Ă un logement. Notre vie est devenue insupportable dans cet endroit, la promiscuitĂ© et la saletĂ© nous ont rendu la vie dureâŠnous nâen pouvons plusâŠdepuis 1962, on nous promet des logements. Que de la poudre aux yeux. A chaque Ă©lection, lâadministration dĂ©pĂȘche un de ses agents, le plus souvent une femme, pour faire le recensementâŠdans la foulĂ©e et pour faire semblant on embauche un chĂŽmeur. Puis, plus rien⊠Pour avoir une idĂ©e, sachez quâen 50 ans dâexistence, le quartier nâa connu que 4 opĂ©rations de relogement».
Il raconte que faute dâespace dans le « une piĂšce-cuisine » occupĂ©es par leurs familles, les jeunes du quartier veillent jusquâĂ 5 heures du matin dans les cybercafĂ©s pour ensuite regagner leurs chaumiĂšres pour prendre la « relĂšve » de leurs proches qui se rendent Ă cette heure au travailâŠIci, les frontiĂšres de lâintimitĂ© sont allĂšgrement franchies, promiscuitĂ© oblige. Une vieille femme intervient et donne de la voix. « Nos enfants nâont plus aucune perspective, pas de travail, pas de logement et pas dâavenir. Ils sont ĂągĂ©s de 30, 40 voire 50 ans et toujours cĂ©libataires », tĂ©moigne-t-elle tandis que les jeunes massĂ©s autour de nous acquiesçaient par des hochements de tĂȘte. Pour les plus chanceux dâentre eux, c'est-Ă -dire ceux qui arrivent Ă se marier, ils ont pour logis, Ă dĂ©faut dâhabiter chez leurs parents, de vieilles masures de fortune Ă©rigĂ©es sur un morceau de terrain dĂ©clinĂ© sous forme dâune lĂ©gĂšre penteâŠDans sa lancĂ©e, la veille femme dĂ©nonce le deux poids deux mesures dans les rares opĂ©rations de relogements quâil y a eu jusque-lĂ .












