Lundi, Mai 21, 2012

Reportage: Diar Chems sur une poudriùre : le soleil ne brillera pas demain



Les Ă©meutes ont repris hier en fin d’aprĂšs-midi pour la seconde journĂ©e consĂ©cutive Ă  Diar Chems, un quartier de l’AlgĂ©rois projetĂ© au devant de la scĂšne mĂ©diatique nationale Ă  la faveur des Ă©vĂ©nements sur fond de bras de fer entre habitants et forces de police, dont il est le théùtre depuis lundi dernier. Et la situation demeure aussi tendue 48 heures aprĂšs le dĂ©clenchement des hostilitĂ©s en dĂ©pit du semblant d’accalmie qui y rĂšgne.

Rien n’est moins sĂ»r, en effet, que les hostilitĂ©s ne vont pas reprendre d’un moment Ă  un autre avec la mĂȘme intensitĂ© que ces derniĂšres heures si ce n’est plus, tant la tension est vive. L’intervention des forces de police pour rĂ©primer un mouvement qui se voulait dĂšs le dĂ©part pacifique puisque portant sur une revendication sociale, des logements dans le cas prĂ©sent, a mis le feu aux poudres, au moment oĂč les habitants attendaient un hypothĂ©tique retour d’écho de la part des Ă©lus de l’APC d’El Madania.

 

En guise de rĂ©ponse aprĂšs deux jours d’émeute, de chassĂ©-croisĂ© entre les forces de l’ordre et les habitants, et des dĂ©gĂąts importants, les Ă©lus ont promis aux Ă©meutiers de leur consentir 300 logements seulement. « C’est ahurissant ! On nous prend pour des nigauds ? 300 logements pour 1500 familles
comment comptent-ils s’y prendre ?! », S’interrogent les habitants qui prĂ©viennent que si leurs dolĂ©ances ne sont pas prises sĂ©rieusement en charge, ils comptaient battre de nouveau le pavĂ© dĂšs hier soir.

Si l’émeute s’est tue, la colĂšre continue toujours de couver chez ces citoyens. Les ‘’Une’’ des journaux parus avant-hier ont tĂŽt fait de susciter l’exaspĂ©ration de ces citoyens. Si les Ă©vĂ©nements ont fait les choux gras de la presse nationale qui s’en est d’ailleurs largement fait l’écho, cela n’a pas Ă©tĂ© le cas de ces acteurs malgrĂ© eux qui ont Ă©tĂ© projetĂ©s au devant de la scĂšne nationale.

Les photos des jeunes Ă©meutiers en pleine action ont fait le bonheur des Ă©diteurs, certes, mais pas des concernĂ©s qui dĂ©noncent le « parti pris » des journalistes qui se seraient, selon eux, Ă  travers une couverture « partiale et Ă  sens unique » placĂ©s de facto du cotĂ© des forces de l’ordre.

Devant notre Ă©tonnement, un jeune intervient : « Comment alors expliquer que les photographes ont-ils dĂ©libĂ©rĂ©ment dirigĂ© leurs appareils vers nous en train de lancer des pierres et pas sur les policiers qui eux faisaient de mĂȘme ? Je vais vous Ă©tonner en vous disant que ce sont les policiers dĂ©pĂȘchĂ©s de Kouba et du Hamiz qui ont mis le feu aux poudres. A leur venue, nous tenions un rassemblement ordinaire pour rĂ©clamer d’ĂȘtre relogĂ©s. D’ailleurs, le gros des personnes rassemblĂ©es portant des pancartes, Ă©tait constituĂ© de vieilles personnes. Nous avons Ă©tĂ© surpris de voir qu’à la place des Ă©lus, nous avions Ă  faire aux agents anti Ă©meute. Outre leur intervention musclĂ©e, ces derniers se sont honteusement distinguĂ©s par des gestes et des attitudes vulgaires, nous traitant de divers noms d’oiseaux et nous profĂ©rant mĂȘme des mots vulgaires accompagnĂ©s de gestes obscĂšnes. Devant cet Ă©tat de fait, nous ne pouvions rester les bras croisĂ©s. Nous avons rĂ©agi et le rĂ©sultat a Ă©tĂ© que la riposte des policiers a Ă©tĂ© encore plus fĂ©roce. Plusieurs d’entre nous furent sauvagement tabassĂ©s par les policiers. Un voisin a mĂȘme reçu une grosse pierre sur la tĂȘte ; l’impact a Ă©tĂ© tel que le malheureux a perdu la mĂ©moire et ne reconnaĂźt plus sa propre mĂšre
. », raconte la rage dans l’ñme un jeune homme.

« Depuis 1962, on nous promet des logements »

Et de poursuivre : « nous avons longtemps trainĂ© cette mauvaise notoriĂ©tĂ© d’ĂȘtre des personnes Ă  problĂšmes ; mais cette fois nous voulions faire passer un message : nous rĂ©clamons notre droit Ă  un logement. Notre vie est devenue insupportable dans cet endroit, la promiscuitĂ© et la saletĂ© nous ont rendu la vie dure
nous n’en pouvons plus
depuis 1962, on nous promet des logements. Que de la poudre aux yeux. A chaque Ă©lection, l’administration dĂ©pĂȘche un de ses agents, le plus souvent une femme, pour faire le recensement
dans la foulĂ©e et pour faire semblant on embauche un chĂŽmeur. Puis, plus rien
 Pour avoir une idĂ©e, sachez qu’en 50 ans d’existence, le quartier n’a connu que 4 opĂ©rations de relogement».

Il raconte que faute d’espace dans le « une piĂšce-cuisine » occupĂ©es par leurs familles, les jeunes du quartier veillent jusqu’à 5 heures du matin dans les cybercafĂ©s pour ensuite regagner leurs chaumiĂšres pour prendre la « relĂšve » de leurs proches qui se rendent Ă  cette heure au travail
Ici, les frontiĂšres de l’intimitĂ© sont allĂšgrement franchies, promiscuitĂ© oblige. Une vieille femme intervient et donne de la voix. « Nos enfants n’ont plus aucune perspective, pas de travail, pas de logement et pas d’avenir. Ils sont ĂągĂ©s de 30, 40 voire 50 ans et toujours cĂ©libataires », tĂ©moigne-t-elle tandis que les jeunes massĂ©s autour de nous acquiesçaient par des hochements de tĂȘte. Pour les plus chanceux d’entre eux, c'est-Ă -dire ceux qui arrivent Ă  se marier, ils ont pour logis, Ă  dĂ©faut d’habiter chez leurs parents, de vieilles masures de fortune Ă©rigĂ©es sur un morceau de terrain dĂ©clinĂ© sous forme d’une lĂ©gĂšre pente
Dans sa lancĂ©e, la veille femme dĂ©nonce le deux poids deux mesures dans les rares opĂ©rations de relogements qu’il y a eu jusque-lĂ .



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