Zemmouri : pleure ô port bien aimé
La peur de l’inconnu est en elle-même une angoisse. Aussi s’avère-t-elle souvent source de réactions inattendues. Violentes les unes et toutes de méfiance les autres. Comme à Zemmouri où, sur l’esplanade qui servait de lieu de réparation de bateaux et de marché de poisson, l’espace pris par le projet de réalisation d’une pêcherie risque d’être la cause d’un bras de fer entre hommes de la mer et l’administration.
A l’objectif de rendre transparent ce commerce de gros s’oppose, donc, l’impératif de fluidifier le mouvement des pêcheurs et de leurs clients. Or les trois mètres qui séparent désormais le quai de la clôture de chantier ne permettent plus aux mandataires d’accéder au port à bord de leurs camions frigos et aux patrons de bateaux d’exposer sans risque de bousculade leurs casiers remplis de sardines. Place alors à la méfiance avec, cependant, un risque certain de…débordement. Il suffit d’être sur les lieux pour relever, une fois les sardiniers près du quai, le climat de tension fait de colère des vendeurs et de malaise des acheteurs. Personne n’accepte, en fait, qu’aux effets du terrorisme islamiste succède la menace administrative.
La chronique locale raconte comment des islamistes ont achevé en 1994 Kiki(1) et fait exploser, en 2008, tout près du poste des gardes-côtes un camion piégé. Sans oublier les faux barrages, les descentes punitives y compris dans le chef lieu de commune. Décennie de diable où les larmes et le sang n’ont pu empêcher le pêcheur de rentrer le poisson plein la barque et le vacancier de se régaler de bonnes grillades.
Ainsi Zemmouri, simple nom de ville l’année, demeure-t-elle une destination l’été. Grâce à ses plages, à son port de pêche et ses restaurants «spécialité poisson» ou «sardines grillés». Autant d’atouts pour l’ex-Courbet marine et d’arguments pour des estivants plus nombreux cette saison que la précédente. La saison prochaine davantage que la présente.
Et ainsi de suite puisque, avec ou sans garanties sécuritaires, asphalte et sables sont, trois mois l’an, l’objet d’une sorte de colonialisme de peuplement. Femmes et hommes aussi nombreux à déambuler sur le port qu’à sillonner l’artère principale, qui à pied et qui en voiture, et qui donnent en effet un nouveau visage à la cité, une allure de ville animée, Ville «new look» diraient des francophones férus de subtilités propres à la langue de Shakespeare.
Tout le monde mange à sa faim et personne n’hésite à mettre la main à la poche. Sur l’asphalte et en bord de mer les gens profitent du moindre instant de liberté et, croquant à belle dent la vie, personne n’entend renoncer à son droit à la fête.
Le spectacle tranche avec le décore fait, les autres saisons, de barbes et de Kamis régnant sur une commune autrefois considérée «territoire islamique». Au grand dam de la malfaisance islamiste et pour le bien de l’économie locale. Aussi longtemps que les professionnels de la pêche ne se décident pas à mettre fin à leur activité.
A Zemmouri, où l’agriculture et le tourisme ont un rôle à jouer, tout le monde sait que le port est le véritable poumon économique. L’administration n’a pas intérêt à se détourner des appels du pied des acteurs concernés.
(1) Le patron d’un célèbre bar restaurant à Zemmouri, assassiné pour avoir refusé de fermer boutique.












