La drôle d’affaire des Saoudiens autorisés à chasser le faucon algérien et leurs complices dans les rouages de l’Etat
L’affaire des faucons du Sud et d’El Bayadh livrés aux chasseurs saoudiens, dont l’émir Ben Fahd Ben Abdellah El-Damir, s’est avérée tellement scandaleuse que le tribunal criminel d’Alger a finalement jugé, hier à la hâte, le chômeur accusé d’avoir «falsifié le document présidentiel autorisant des personnalités étrangères à s’adonner à la chasse d’une espèce protégée». Une parodie de procès ? En tout cas l’audience a seulement permis d’acquitter un bouc-émissaire pas vraiment costaud pour être l’auteur de faits qui sont du domaine réservé des gros bras de la haute administration.
Le prévenu, un lampiste comme soutenu dans l’édito encore en ligne sur lacitedz, a pu émouvoir une présidente instruite du déroulement du procès et une assistance sensible aux propos d’un accusé victime d’une terrible machination : «Je fais l’objet d’un coup monté de toutes pièces par des inconnus jamais inquiétés lors de l’enquête préliminaire ou de l’instruction judiciaire.»
Puis, les larmes aux yeux, il balance à la face de tous, magistrats et robes noires particulièrement : «Je ne comprends pas pourquoi la délégation saoudienne a été reçue par les autorités de la wilaya d’El-Bayadh, dont le wali et le commandant de groupement de gendarmerie, et aujourd’hui tout le monde s’en lave les mains comme si j’étais celui, et celui seul qui les a accueillis à leur descente d’avion le 22 janvier 2009 en provenance de Nouakchott».
Plus qu’une révélation, une sonnette d’alarme : les prédateurs sont d’un corps autrement plus puissant que celui d’un wali ou d’un officier supérieur de l’armée. Ceux d’El-Bayadh étaient, eux aussi, dans leur rôle d’exécuter l’ordre d’être du comité d’accueil des émirs chasseurs du faucon algérien. Ce qu’ils ont versé comme argent et dans quels comptes ouverts en Europe ou aux Etats-Unis personne ne le sait. Surtout pas le pauvre prévenu qui, ne sachant guère comment le ciel lui est tombé sur la tête, s’égosillait à convaincre de son innocence : «Je n’ai jamais franchi le seuil de la présidence et je ne connais personne dans cette institution. Cette autorisation chasser les faucons dans la wilaya d’El-Bayadh, autrement dit le document objet de la poursuite judicaire, a été faxé à l’émir saoudien Ben Fahd Ben Abdellah El-Damir».
Bref, l’action publique a été intentée par le ministre de l’Intérieur et des Collectivités locales auprès de la section des recherches de l’état-major de la Gendarmerie nationale, faisant état de la découverte d’un mémorandum falsifié au nom du secrétariat nationale de la présidence et signé en date du 13 octobre 2008 par le directeur de l’administration générale de la même institution, accompagné d’une correspondance émanant du wali d’El-Bayadh dans laquelle ce dernier a sollicité du ministre de l’Intérieur l’art et la manière de recevoir la délégation saoudienne, composée de pas moins de 11 personnalités venues dans le but de chasser dans le sud du pays.
Suite à quoi les services de la présidence ont affirmé n’avoir aucune information sur l’existence d’un tel document. Mystère ! Le procureur lui-même s’est étonné qu’un simple citoyen algérien puisse appeler quarante fois par jour un émir saoudien, quelques instants avant de requérir 13 ans de réclusion criminelle. «Mais où sont les vrais coupables ?», s’est interrogé l’avocate de la défense, sollicitant l’acquittement de son client estimant que les vrais accusés n’ont jamais été inquiétés. «Surtout que l’original du document falsifié n’existe même pas dans le dossier», a-t-elle fait remarquer. Mise en scène ? En tout cas cela ne se passe qu’en Algérie.
Mas Aghilès













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