Deux à trois millions d’Algériens pourraient être privés cette année du vaccin contre la grippe saisonnière toujours indisponible
Rupture de stocks, une machine d’approvisionnement grippée…, la filière médicaments dans notre pays est dans tous ses états. Le constat est désormais partagé : le marché du médicament traverse, depuis quelques mois déjà, une zone de turbulences. En dépit des déclarations rassurantes des pouvoirs publics quant à une disponibilité des médicaments le constat sur le terrain est tout autre : la pénurie s’est bel et bien installée, entraînant un climat de peur chez de nombreux citoyens.
Une peur exacerbée par une indisponibilité inexpliquée du vaccin contre la grippe saisonnière. « Ne croyez pas à ce qu’ils disent (les pouvoirs publics, Ndlr), la pénurie existe bel et bien là ; il nous arrive de renvoyer les gens faute de disponibilité des médicaments. On n’est pas capable de satisfaire le marché national comme on a tendance à nous le faire croire. Saïdal à lui seul ne peut se porter garant. On ramène des médicaments dont on n’a pas besoin, et pour vous le prouver je vous cite uniquement le cas du Paracétamol qui existe en 36 modèles », nous a déclaré hier un pharmacien installé à Alger-centre.
«Les pénuries concernent tout particulièrement les collutoires, cela fait seulement trois mois qu’on s’en est approvisionnés », selon notre interlocuteur. Ce dernier explique que les pharmacies regorgent de produits génériques, mais que les citoyens boudent.
«Les gens ne veulent pas du générique», dit-il. Il fait remarquer que certains produits qui font l’objet d’une forte demande, à l’instar des médicaments utilisés dans le traitement de la Tyroïde, du diabète ou de la tension artérielle, ne sont pas disponibles. A propos du vaccin contre la grippe saisonnière, notre interlocuteur a tenu à battre en brèche les déclarations faites dans la presse des responsables de la santé quant à une soi-disant disponibilité de ce produit.
«On entend, ici et là, qu’il y a effectivement des doses qui ont été importées ; pour notre part, nous n’avons rien vu venir», souligne-t-il, avant de nous glisser subrepticement : «Mais, que l’on ne trompe surtout pas, s’il s’avère que la vaccin existe réellement il n’y a que les privilégiés qui pourront se faire vacciner ; et le risque est que le vaccin qui coûte habituellement 470DA, coutera davantage plus cher dans les prochains jours ».
Contacté par téléphone, Ammar Ziad président de l’Union nationale des opérateurs de la pharmacie (UNOP), s’est interrogé pour sa part si le but à travers cette indisponibilité du vaccin contre la grippe saisonnière est d’économiser de l’argent ou bien «c’est parce qu’on considère que les Algériens n’ont tout simplement besoin de se faire vacciner». « La vaccination aurait du commencer dès la troisième semaine de septembre ; or, jusqu’au jour d’aujourd’hui, le vaccin n’est pas encore disponible », relève Ziad Ammar.
Selon notre interlocuteur, en raison de cette indisponibilité, ce sont 2,5 à 3 millions d’Algériens qui se font régulièrement vacciner contre la grippe saisonnière, qui s’en trouveront privés cette année. «C’est une des conséquences de la restriction de l’importation du vaccin antigrippal », tranche-t-il.
Tout en confirmant le constat de pénurie des médicaments fait par les pharmaciens, notre interlocuteur a indiqué que ces derniers ont réalisé une enquête ayant touché quatre régions du pays, notamment l’Est ; ils ont ensuite adressé une liste au ministère de la Santé pour attirer l’attention sur la gravité de la situation.
Interrogé ce qu’il pensait des nouvelles dispositions de la LFC2009 concernant l’importation des médicaments, Ammar Ziad a affirmé que les producteurs sont confrontés à des contraintes «très graves», le gouvernement ayant décidé de protéger la production nationale en interdisant l’importation de près de 400 produits et promouvoir par là la production nationale.
« La LFC qui a été promulguée en juillet dernier, a fait que les opérateurs ,qu’ils soient fabricants et importateurs, se trouvent dans une situation carrément impossible à gérer étant donné que si l’on doit procéder à un paiement par lettres de crédits ils sont obligés de payer deux mois et demi voire trois mois avant de recevoir les commandes. Une situation qui asphyxie les opérateurs qui, financièrement, ne peuvent plus opérer », conclut-il.












