Mercredi, Février 22, 2012

Ouargla-Alger: le trajet fait dans l'impuissance du voyageur et le diktat du transporteur


En dépit du développement spectaculaire des villes du sud, le système des transports y demeure archaïque. Les liaisons sur la capitale ne sont pas nombreuses et les horaires sont décidés arbitrairement par les transporteurs. Les voyageurs pressés doivent effectuer le trajet par étapes en empruntant et les autocars et les taxis. Nous les avons imités samedi dernier.

Ouargla, six heures du matin. Du quartier de La Silice à la gare routière, il faut une bonne demi-heure de marche. Un trajet difficile à assumer lorsqu’on est chargé et que le thermomètre affiche plus de 35° C. Fort heureusement, la nuée de taxis qui sillonnent la ville dans tous les sens y supplée. Prix de la course : 50 DA, un tarif applicable d’ailleurs à toutes les autres directions intra-muros.

L’intérieur de la gare routière de Ouargla n’est pas avenant. Sale et poussiéreuse, elle abrite quelques commerces, des bureaux et des toilettes payantes. Les guichets, en nombre insuffisant, sont pratiquement vides ce samedi, second jour du week-end. Sur les quais, des voyageurs en partance pour Touggourt et Biskra attendent patiemment l’arrivée d’un bus de passage. Il n’y a pas de liaison directe sur Alger dans la journée, le premier départ est fixé à 21h, le dernier à 22h. Nous prenons alors le risque d’effectuer le trajet par étapes en passant par Ghardaïa, ville-carrefour où, nous semble-t-il, les chances sont plus grandes de trouver un moyen rapide de rejoindre Alger.

Le premier « coaster » en partance pour la capitale du M’zab démarre à 7h30, ramadan oblige. Nous prenons place avec d’autres voyageurs. Prix du billet : 250 DA pour un confort sommaire. Très vite, les 29 sièges sont occupés. Mais, dilemme, où mettre les bagages ? La malle du « coaster » ne peut prendre que 3 à 4 sacs de moyenne contenance. Les voyageurs sont obligés de mettre leur cabas sur les genoux, sinon le déposer sur le toit du véhicule avec tous les risques que cela comporte. Le chauffeur arrive avec une bonne demi-heure de retard. Des voyageurs rouspètent. Il fait semblant de na pas avoir entendu. Pour montrer qu’il est maître à bord, il se permettra un petit brin de causette avec un collègue à la sortie de la gare. De quoi énerver davantage des contestataires à moitié assommés par le jeûne. On prend enfin le large. La route est libre, et le bus avance à bonne allure. Les 200 km séparant Ouargla de Ghardaïa sont avalées en moins de deux heures.

Une réputation surfaite

A Ghardaïa, la circulation était fluide malgré les gros travaux effectués le long des berges de l’oued la traversant. Des tonnes de béton ont été déversées dans le lit pour consolider les murs de soutènement dont une grande partie a été emportée par les crues dévastatrices de l’automne 2008.  A l’entrée de la gare routière, une femme étalée sur un matelas placée au beau milieu du trottoir. A côté, quelques enfants dormaient dans les mêmes conditions, entourés de plusieurs ballots. Cette scène ne semble déranger aucune conscience. Sur le terre-plein, des rabatteurs énumèrent à pleins poumons les directions desservies par leur bus. Nous prenons place pour Laghouat, dans un « coaster » luxueux, fraîchement sorti de la maison.

A 11h10, soit après plus d’une heure d’attente, nous prenons enfin le départ. Agréable, le voyage le fut jusqu’à Laghouat. La climatisation fonctionnait bien, et le chauffeur semblait parfaitement connaître son affaire. Malgré la fluidité de la circulation sur la RN 1, le bus mettra plus de 2 heures pour parcourir les 200 km séparant les deux villes. Durant tout le trajet, on n’entendra que la voix nasillarde de l’animateur de Radio Laghouat ; les passagers n’étant pas d’humeur à converser. Sauf notre voisin de siège, Abderrahmane, qui nous raconta son périple à El Goléa et la nuit cauchemardesque passée dans un hôtel miteux de Ghardaïa. Sur ces genoux, une boîte de pâtisserie contenant des dattes nouvelles, du « menaguer » qu’il compte offrir à ses voisins à Aïn Oussera.

La RN 1 est pratiquement déserte en milieu de journée. Nous croisons quelques rares camions, des taxis, des camionnettes bâchées, des 4x4. Rares sont les voitures qui nous dépassent, le « coaster » est connu pour sa puissance et sa robustesse. Il se conduit comme une voiture légère et peut allègrement dépasser les 160 km/h. D’où son succès commercial dans les villes du grand sud. Nous traversons à vive allure des villages endormis dont Sidi Makhlouf, une agglomération qui doit son existence aux routiers et aux nombreux voyageurs qui s’y arrêtent pour se restaurer.

Dans l’immensité de la steppe, nous apercevons des troupeaux de moutons et de rares camelins paissant le long des oueds asséchés.

 

Des taxis à l’affût

Nous sommes dans la gare routière de Laghouat, presque déserte. Un receveur criait à tue-tête « Djelfa, Djelfa ». Avant d’y prendre place, Abderrahmane nous conseille les taxis en stationnement à l’entrée de la gare, qui effectuent la liaison sur Alger. Selon lui, à partir de Djelfa, les chances de trouver un transport sur Alger sont minces. Nous suivons son conseil et embarquons, une heure plus tard, dans le dernier taxi en partance pour la capitale. Un jeune appelé s’arrange avec le chauffeur pour qu’il le dépose à Berrouaghia. De là, il ira plus facilement à Béni Slimane. Mais il payera le plein tarif, comme s’il se rendait à Alger.

L’attente ne durera pas longtemps ; le chauffeur sait qu’à ce moment de la journée, il n’y aura pas d’autres passagers. Il nous embarque à deux en direction de Djelfa où il espère trouver quelques clients. Nous rejoignons la capitale de la steppe centrale vers 15 h30. Plusieurs taxis assurant la liaison Djelfa-Blida était à l’affût, guettant le moindre client. Il nous a fallu attendre une heure pour qu’arrivent, enfin, 3 jeunes. Ils s’engouffrent dans le taxi. C’est la délivrance. Nous démarrons aussitôt, mais nous n’espérons pas arriver à destination avant l’heure du f’tour. Tant pis, l’important est de rentrer chez soi, quelle qu’en soit l’heure.

Nous quittons Djelfa par la voie de contournement. Les quartiers périphériques sont sales. Des tas de gravats jonchent les bordures de la route sur plusieurs centaines de mètres. Des tonnes d’ordures ménagères sont jetées dans le lit de l’oued. Quantités de sachets en plastique « ornent » ces quartiers aux constructions ternes et inachevées. Spectacle désolant pour une ville qui bénéficie pourtant de l’immense apport de la nationale 1, la route qui relie Alger à Tamanrasset. Nous traversons Hassi Bahbah puis Aïn Oussera sans vraiment nous y intéresser. Les deux villes semblaient léthargiques, elles étaient rebutantes en plus.

Le taxi file à vive allure, et ce n’est qu’aux environs des contreforts de l’Atlas que la progression est gênée par les poids-lourds. Ksar El Boukhari puis Berroughia et, enfin, les derniers lacets de route menant à Médéa. Il est 18h50 quand nous atteignons les faubourgs de l’ancienne ville forteresse de l’Emir Abdelkader. Le soleil décline et c’est aux environs du Ruisseau des singes qu’on rompra le jeûne. On s’abreuvant à l’eau de source. Le chauffeur de taxi, jamais pris au dépourvu, sort une boîte de dattes fraîches. Il nous en distribue une poignée chacun . Nous reprenons la route, quasiment déserte jusqu’à l’entrée de Bir Mourad Raïs où nous descendons. Le chauffeur s’en ira avec deux clients à la gare routière du Caroubier, les autres se sont arrêtés entretemps à Médéa.

Agréable la plupart du temps, éreintant quelquefois, le trajet, long de quelque 800 km, nous aura pris exactement 12 heures. Il nous coûtera 1150 DA. Soit 10 fois moins cher que l’avion.

Un reportage de Ab. Kader

 

 

 



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